Cela faisait quelques mois déjà que nous nous connaissions, sur internet. Nous devions d'ailleurs nous rencontrer, quelques mois auparavant, alors que ma meilleure amie était en vacances à Grenoble. Elle m'avait accompagnée à ce bar, il n'était pas venu, je ne sais plus pourquoi, mais il avait une bonne raison. Nous ne l'avions su qu'après, et j'étais presque soulagée. Ce n'est que l'été venu que nous avons repris contact. Cette semaine-là, j'étais seule à la maison. Nous parlions des heures sur msn, je me souviens d'une fois où il m'avait retenue jusqu'à 5heures du matin. J'allais avoir 17 ans.
Il me faisait rêver. Du haut de ses 27 ans, de ses expériences, de ses fantasmes, il m'attirait. On parlait souvent par webcam interposées. Tout en lui me plaisait, il avait de l'humour, des yeux bleus magnifiques, et le verbe facile. L'expression des gens m'a toujours fascinée, j'aime les hommes qui parlent bien et qui ont conscience du pouvoir des mots. Il me fascinait, il m'effrayait.
Chaque soir, nous nous attentions avec impatience sur MSN, théâtre éphémère de nos évasions. Lorsqu'il se connectait, mon coeur explosait de bonheur, j'étais au comble de l'excitation. Je ne pensais plus qu'à ça. Durant cette semaine pluvieuse du mois de juillet 2002, ma vie était réglée sur les soirées que nous passions à discuter. Plusieurs fois, il me proposa de venir me chercher en voiture, pour voir ensemble le lever du soleil. J'avais peur. Même si j'en crevais d'envie, je n'ai jamais accepté. Je ne savais pas ce qu'il attendait de moi. J'ai imaginé des tas de scénarios ... C'était terriblement palpitant.
Et puis un soir que le soleil se couchait, nous nous sommes rencontrés, enfin. Il faisait beau, et je m'étais mise exprès en face du soleil pour qu'il voit le vert de mes yeux ... Il était encore plus beau en vrai. Il dégageait un charme incroyable, quelque chose de magnétique. C'était une rencontre magique, intense, nous étions comme enfermés dans une bulle. Le lendemain, je partais pour la Normandie. Je n'ai pas accepté qu'il me ramène chez moi. Je sentais parfaitement qu'il était dangereux, qu'il pouvait l'être, du moins. Et c'est précisément pour ça que j'étais attirée, je crois. En rentrant, il m'a avoué sur msn que j'étais encore plus belle en vrai. C'était le coup de foudre, dans toute son intensité et dans toute sa violence.
Le lendemain, sur le quai de la gare, j'ai attendu, attendu. Il voulait me dire au revoir. Il n'est jamais venu. Un problème au boulot. J'ai pensé à lui pendant toutes mes vacances, une véritable obsession. Je le voulais. Je voulais grandir à travers lui, le suivre au bout de ses fantasmes qui étaient les miens. Puis, il a eu cet accident. Frappé de plein fouet par une bagnole, à Biarritz. Coma. Aucun moyen de le joindre. J'ai essayé de trouver le numéro de téléphone de ses parents, sans succès. Il m'a simplement envoyé un mail, pour me dire qu'il était à l'hopital, de ne pas m'inquiéter, que ce n'étais pas grave. J'étais folle d'inquiétude.
A la soirée de mes 17 ans, où il devait nous rejoindre, j'ai rencontré quelqu'un d'autre, qui, d'une certaine façon, m'a sauvée.
Amours, passés, présents, et futurs ... A suivre ...